La bête à bon Dieu
Vue d'assez près, nulle beauté
Ne tromperait l'oeil exercé
D'un lucide mélancolique
Qui décèle en tout le tragique
La coccinelle si charmante
Est d'une laideur repoussante
Dans l'herbe où grouillent les insectes
Et autres bestioles infectes
Au milieu de cette clairière
Se prélassant dans ce bestiaire
La jolie dame aux airs de fée
N'est que bidoche et pue des pieds
Elle attend là son prétendant
Qui lui a donné rendez-vous
Un éphèbe, mais en dedans
C'est la bile noire qui bout
Cet esthète de la laideur
Est également joli coeur
Séduisant le sexe opposé
Jeunes comme ménopausées
Malgré lui son visage d'ange
Teinté de tristesse infinie
Rayonne d'une aura étrange
Faisant venir les femmes à lui
Il leur prête peu d'attention,
Il en est même dégoûté
Ne voyant d'elles que les cons
Suintant de sanie fermentée
Pourtant parfois au voisinage
D'une donzelle même sage
Monte en lui un émoi lubrique
Qui lui donne une sacrée trique
Or la présente demoiselle
Fait partie de ces jouvencelles
Dont le charme le met en transe
Il en oublie les convenances
Lui serrant fermement la gorge
En léchant comme un sucre d'orge
Le pavillon de son oreille
Il dit d'une voix de corneille:
"Je suis la bête à bon Dieu
Mon appétit est vorace
Sous mon chibre pustuleux
Les jeunes filles trépassent
Sois mon gentil puceron
Ma douce il n'y a pas d'age
Accueille dans ton giron
Le saigneur de pucelage"